Nivine Khachab, chercheuse libanaise de 36 ans à l’Université de science et de technologie du roi Abdallah (KAUST), en Arabie saoudite, est l’une des cinq lauréates 2017 de la 19e édition du Prix pour les femmes et la science, attribué par la Fondation L’Oréal et l’Unesco.

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Parmi les cinq lauréates de l’édition 2017 du Prix pour les femmes et la science, attribué par la Fondation L’Oréal et l’Unesco pour la 19e année, figure une Libanaise. Nivine Khachab, professeure associée de génie chimique à l’Université de science et de technologie du roi Abdallah (Kaust), située à Thuwal, en Arabie saoudite, a été distinguée pour ses travaux sur la chimie organique et, plus précisément, pour ses recherches portant sur les matériaux hybrides intelligents destinés à améliorer le ciblage des médicaments.

«Ce prix constitue une véritable reconnaissance de la part de la communauté scientifique. C’est pour moi un vrai privilège de recevoir ce prix prestigieux à 35 ans, d’autant qu’il est compliqué pour une scientifique arabe d’obtenir ce type de reconnaissance», se réjouit Nivine Khachab, interrogée par L’Orient-Le Jour.
Sélectionnées par une communauté de plus de 2 000 scientifiques internationaux de premier plan, les cinq lauréates de l’édition 2017 ont été récompensées par un jury indépendant constitué de 12 personnalités et recevront chacune 100000 euros en récompense de leur «contribution aux progrès de la science». Les prix seront décernés le 23 mars 2017 à Paris.

Mousseitbé
Nivine Khachab exerce dans le domaine de pointe de la chimie analytique. « J’ai été récompensée pour ma contribution au développement de matériaux hybrides intelligents destinés à améliorer le ciblage des médicaments, ainsi que pour le développement de nouvelles techniques pour suivre l’activité d’antioxydants au cœur des cellules», explique-t-elle. En d’autres termes, la jeune professeure libanaise travaille à l’élaboration de composés chimiques permettant d’améliorer l’efficacité des médicaments et s’intéresse plus globalement à l’activité cellulaire.

La scientifique libanaise exerce ses talents depuis près de sept ans en Arabie saoudite, le pays natal de sa mère et sa «deuxième maison». Elle vante volontiers les mérites de la Kaust, dont elle assure qu’elle est «un paradis pour scientifiques, car elle propose la meilleure plateforme alliant théorie et pratique».
La possibilité que lui offrait l’université saoudienne était également une façon de montrer qu’une jeune femme arabe peut poursuivre de brillantes études. «J’ai dû lutter pour poursuivre mes études en quittant mon pays. Je sais que de nombreuses étudiantes au Moyen-Orient n’ont pas l’opportunité de faire de grandes études en raison des contraintes familiales et culturelles», estime Nivine Khachab.

La vie de la jeune scientifique n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Née en 1981 dans le quartier de Mousseitbé, à Beyrouth, «à 50 mètres de la maison du Premier ministre Tammam Salam», Nivine Khachab a été élevée par sa grand-mère en raison de la séparation de ses parents un an après sa naissance. «J’ai eu une belle enfance. J’ai été beaucoup gâtée par ma grand-mère, mais les souvenirs de cette époque sont surtout marqués par la guerre civile», raconte-elle.

« Seul le Liban doit compter »
D’où vient sa passion pour les sciences? «J’ai toujours été passionnée par la science en général et la chimie en particulier. Au collège Makassed pour filles, je n’avais pas vraiment besoin d’étudier. C’était naturel pour moi. Je me souviens que j’avais terminé l’épreuve de chimie au baccalauréat en 10 minutes. Tout le monde était bouche-bée. Et j’ai obtenu la note maximale», raconte-t-elle.

Après avoir décroché son bac, Nivine Khachab a intégré l’Université américaine de Beyrouth (AUB), où elle a obtenu son diplôme en chime grâce à son «mentor», le professeur Makhlouf Haddadin. «C’est là que je suis devenue accro à la chimie organique», explique-t-elle. Elle poursuit ensuite ses études aux États-Unis, à l’Université de Floride où elle reste jusqu’en 2006, date de son entrée à l’Université de Californie où elle travaille avec Fraser Stoddart, lauréat cette année du prix Nobel de chimie. Nivine Khashab suit ensuite M. Stoddart à l’université Northwestern, où elle intègre le monde de la recherche jusqu’en 2009, lorsqu’elle rejoint la Kaust.

Malgré son départ du Liban, il y a plus de dix ans, Nivine Khachab garde des liens très forts et teintés de nostalgie avec son pays natal. «Je me considère comme une vraie Beyrouthine. Tous les matins, j’écoute la chanson de Feyrouz, Li Beyrouth. J’aimais courir à Manara, prendre mon petit déjeuner à Aïn el-Mreissé et sortir la nuit à Achrafieh, Hamra, ou au centre-ville. Il y avait de l’électricité et pas de poubelles dans les rues», se souvient-elle.

Pour la scientifique, le Liban a un potentiel inexploité. «Après tout ce que le Liban a connu, il reste magnifique à mes yeux. Il est dommage que les responsables du pays ne réalisent pas que seul le Liban doit compter et rien d’autre. Le Liban compte de grands scientifiques, médecins, ingénieurs et designers. Ce sont ces personnes qu’il faut promouvoir.» Nivine Khachab fait clairement partie de cette catégorie.

المصدر: Julien Abi Ramia – L’orient le jour 10-10-2016