DR JOSEPH KREIKER
Membre du conseil exécutif de la Ligue maronite

Le monde du bonheur se défait; Celui de nos vingt ans que nous croquions à pleines dents, celui de nos rêves d’amour. Un nouveau monde maculé de sang et de barbarie s’installe. Un monde sans illusion qui nous enserre les tripes de peur et d’angoisse.

C’est l’oeuvre d’un groupe, dit-on, le groupe des djihadistes bestiaux de l’Etat islamique. Un groupe qui sème la terreur et répand la mort partout au monde. Un groupe propulsé par une idéologie religieuse islamiste, financé et armé par des états richissimes. Hier Manchester aujourd’hui les Chrétiens d’Egypte et demain au hasard on ne sait pas Qui ?

En 2011 au lendemain du déclenchement du printemps arabe et lors du 20 ième congrès du Parti populaire européen nous avions tiré la sonnette d’alarme pour prévenir contre les conséquences du printemps arabe: Risque de flux migratoire, incontrôlable, des populations des pays en guerre, infesté par des terroristes; Risque de violences et génocides contre les minorités et particulièrement les minorités chrétiennes. Risque d’extension du terrorisme à l’Occident.

Nous avons été Charlie, soyons des chrétiens d’Orient disait il y a quelques semaines sur la chaine de télévision BFMTV le célèbre académicien Jean D’Ormesson. on peut parler de génocide. Les chrétiens d’Orient sont persécutés, massacrés, pourchassés, égorgés  par les combattants du groupe Etat islamique.

De 2011 à 2017 nous sommes toujours confronté à ces mêmes dangers; Nous avons entendu le Président américain Trump, lors du sommet de Riyad, dire aux arabes modérés qu’il est de leur devoir de combattre le terrorisme et de constituer le premier rempart de protection contre les barbares et fous de Dieu. A bon entendeur salut.

Un état d’esprit qui n’a pas changé depuis 2011 et en voici quelques extraits.

Le printemps arabe entre crainte et espoir 

Entre le superbe palais du Pharo qui surplombe la belle ville de Marseille et le Palais des Congrès au parc Chanot s’est tenu les 6 et 7 décembre le 20e congrès du Parti populaire européen (PPE).

Cet événement, auquel j’ai eu l’honneur de participer au nom de l’Union Chrétienne Démocrate Libanaise, a eu lieu à l’initiative de l’UMP. Une pléiade d’hommes politiques et d’intellectuels s’est réunie pour comprendre, analyser et décider des solutions possibles aux problèmes que posent la crise économique de la zone euro et l’éveil du printemps arabe. Le PPE, un groupe politique du centre droit créé il y a 35 ans, regroupe de hauts responsables du monde politique européen, des chefs d’État et de gouvernement, ainsi que 264 parlementaires européens. Un groupe doté d’une force politique capable d’accompagner et de modeler la trajectoire politique de la Méditerranée. Ce groupe est aussi engagé dans la promotion de la croissance économique, la stabilité fiscale et le renforcement politique de l’Europe.

Nous assistons en cette période critique de notre histoire régionale à de profonds changements des sociétés et des structures politiques des États du Sud de la Méditerranée, du Golfe et du Nord de l’Afrique. Les protestations populaires aspirent à donner une chance de véritable bien-être dans un environnement démocratique, de liberté et de paix. Ces développements cruciaux, qui ont suscité l’espoir d’une évolution démocratique, ont en réalité mené à des régimes politico-religieux. Une situation politique qui suscite des craintes de dérive et de nouveaux dérapages vers un système qui ne respecterait pas les règles d’une démocratie de type occidental. Les sociétés arabes ont des traditions, une culture, une histoire et une religion majoritaire totalement différentes de celles du monde européen. Il est impensable de voir, dans un proche avenir, s’installer dans ces pays une démocratie identique à celle qui régit l’Europe.

Où se situent les intérêts de l’Occident et pourquoi mène-t-il un combat tous azimuts pour garder un rôle déterminant sur l’orientation du printemps arabe ? Ingérence militaire en Libye, présence pesante sur tous les événements militaires, électoraux, qui se déroulent dans cette région, de l’Égypte à la Tunisie, du Yémen à la Syrie, etc. Il existe certes des intérêts stratégiques, des considérations sécuritaires, des soucis liés aux flux migratoires des populations, des inquiétudes quant à l’approvisionnement en hydrocarbures et une crainte de la colonisation économique de l’Afrique du Nord par la Chine, la Russie et les pays du Golfe. Une colonisation pénétrante, pacifique et non régie par des règles limitatives qui débouche sur une plateforme politique de plus en plus influente.

Les élections ont projeté sur la scène politique du monde arabe de nouvelles forces politiques islamiques. Les Frères musulmans et les salafistes ont obtenu en Égypte 65 % des suffrages dont 25 % pour les salafistes. Ces derniers sont responsables des violences contre les coptes. Ces deux formations veulent appliquer la charia et la loi coranique. On est bien loin des valeurs démocratiques européennes.
Le nouveau paysage politique dans ces pays implique la redéfinition d’une nouvelle politique de voisinage, une nouvelle stratégie, une nouvelle approche des enjeux ; une politique rapide, efficace, cohérente adaptée aux situations issues de ces révoltes ; une attitude qui respecte les valeurs chrétiennes, les valeurs européennes et respecterait aussi les spécificités locales culturelles de ces pays en plein éveil démocratique.
La majorité écrasante des intervenants au congrès ne souhaitent pas juger ni refuser les résultats des élections ; ils proposent d’apprendre à travailler avec les islamistes majoritaires avec des idées pragmatiques, novatrices et efficaces tout en restant lucide et vigilant sur les risques de dérapages. On propose d’aider à séparer foi et fanatisme. La politique de voisinage de l’Europe voudrait favoriser les réformes et la croissance économiques, la bonne gouvernance, la stabilité de la région. Il s’agit de définir les nouvelles priorités et les mécanismes du partenariat entre l’Union et ses voisins du Sud.
Un agenda politique complexe qui se fixe de nombreux objectifs : droits de la femme, droits de l’homme, création d’emplois, droit du travail, multipartisme, pluralisme, soutien aux échanges Nord-Sud et Sud-Sud, soutien au dialogue et à la liberté religieuse, émergence d’une classe moyenne, limitation de l’immigration et maintien de la sécurité. Le succès de tels objectifs suppose l’identification et l’émergence d’une nouvelle classe politique, un soutien aux besoins humanitaires et à une politique sociale et économique plus énergique et mieux ciblée, enfin une reconnaissance du rôle majeur de la société civile.

Un projet de partenariat entre l’Union européenne, le monde arabe et le nord de l’Afrique fort ambitieux, plein d’optimisme et dopé par une grande volonté de réussir. L’Europe qui aujourd’hui connaît des difficultés économiques, qui a du mal à faire démarrer sa croissance, à obtenir l’adhésion de tous les États de l’Union à accepter un plan de sauvetage de la zone euro, a-t-elle les moyens d’une telle politique étrangère ?
Les fondements envisagés pour exécuter cette politique reposent sur les institutions européennes, les politiques nationales et sur des initiatives politiques novatrices et ciblées. Une action qui serait l’œuvre d’art d’Euromed, des commissions et des délégations parlementaires, et l’Assemblée de l’Union pour la Méditerranée. Il serait judicieux de rappeler à ce nouveau monde euro-méditerranéen en gestation que le partenariat devrait être conditionné, de façon prioritaire, par le respect des droits de citoyenneté de toutes les minorités, avec des sanctions en cas de violence contre cette frange fragile de la population ; et une deuxième recommandation préconiserait de faire de la lutte contre les radicaux une responsabilité première des nouveaux régimes modérés nouvellement issus des urnes.

Demain sera un autre jour, tous les rêves sont permis sur les deux rives de la Méditerranée.

L’orient le jour
NOS LECTEURS ONT LA PAROLE
27/12/2011